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J’aime ma liberté mais mon gouvernement ne m’aime pas libre…


Liberté égalité fraternité économie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Attachons-nous d’abord à l’ensemble.

Article premier de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789, et donc, la base de la constitution française actuelle :

« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux endroits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. »

Par essence, les individus sont libres. Ils ne se laissent mener que parce qu’ils le choisissent ou l’acceptent implicitement. Ils naissent et demeurent donc libres dans un pacte social plus moins tacite. Ce même pacte est soutenu et encadré par une loi de droits dans laquelle chacun est pris en compte, mais à laquelle chacun est également soumis. Cet ensemble permet la reconnaissance de l’individu dans le groupe et du groupe par l’individu.
De cette manière, chaque individualité peut exprimer ses propres talents, ses qualités, ses différences qui lui sont innés ou acquis. L’égalité devant la loi peut ainsi se marier avec l’identité propre de chacun. C’est l’admission des inégalités sociales.

J’en viens alors à la notion de « distinctions sociales » et d’ « utilité commune ».

Si les différences sont reconnues, leur classification est laissée au jugement de la société du temps présent. Ce que j’entends par là, c’est que selon le pacte social tacite, cité plus haut, et toujours encadré parla loi, le lecteur reconnaît l’ascension sociale et le statut de certains de ses concitoyens comme des mérites légitimes et dus à leur utilité dans sa société.
Faire la distinction du droit natif et non-natif doit alors être utile à la société.
Faire la distinction du droit de mariage selon le sexe doit alors être utile à la société.
Faire la distinction du droit d’accès à la culture doit alors être utile à la société.
Etc.

Dans ce contexte, on peut considérer selon leurs statuts respectifs que la société actuelle reconnaît plus d’utilité à un acteur de cinéma né en France, quel que fusse sont talent, qu’à une femme professeur diplômée mais née à l’étranger, que la volonté de partager son savoir et son goût pour notre pays auraient conduite en France. Ceci est un simple exemple de distinction sociale acceptée par le pacte tacite de notre société.

Mon questionnement arrive alors sur l’aptitude des gouvernants à mener le peuple au mieux-être. Dans le préambule de la Déclaration dont je viens de tenter d’étudier le premier article, il est fait état de la notion de « bonheur de tous ».
«[…] afin que les réclamations des citoyens, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous. »

Il me paraît évident que c’est là le devoir d’un chef d’état que de répondre aux « réclamations des citoyens ». A contrario, aujourd’hui, l’homme de pouvoir utilise les attentes du peuple, assemblées dans des discours emplis de démagogie, pour rallier à lui une opinion publique trop peu critique.
J’entends donc parfaitement l’idée de vouloir connaître les attentes du peuple. Je n’entends pas l’étude de l’électorat comme un moyen biaisé pour manipuler l’opinion. Peu importe de savoir qui vote pour qui, l’important est surtout de savoir ce que chacun souhaite ou dénonce…

Cependant, j’ai de plus en plus la sensation que les « batailles » politiques ne se gagnent plus sur le fond. Peu importe que le programme soit trop léger, irréalisable, ou même contraire au bon sens. La véritable qualité d’un gouvernant, aujourd’hui, serait-elle de savoir mettre à son profit tous les outils de manipulation dont il dispose ? Jusqu’à en inventer de nouveaux ? Dans une politique internationale, où chacun aurait alors ces mêmes talents, que deviennent les interactions des pays ? Quels en sont leurs sens, buts et finalités..? Si ce n’est le profit aux dépends du bien-être…

Voici qui me mène à un sujet d’actualité. Par le biais d’une méthode aujourd’hui connue, et nommée lobbying, les industries puissantes ont réussi à mettre en œuvre un moyen de contrôle qui sert non seulement à la manipulation de l’opinion – par l’intermédiaire de celle des dirigeants – mais également à la maîtrise de leur profit. Le modèle politique actuel n’est donc plus qu’un modèle économique.

Je reprendrai la définition du lobbying de Roger Lenglet donnée dans une interview reprise par Librad.com :

« Pour en donner une définition simple, le lobbying c’est l’ensemble des pratiques d’influence exercées par des groupes d’intérêts auprès des décideurs et de tous ceux qui ont du poids sur l’opinion et la législation. »

Dans ce contexte, la simple notion de contestation, essentielle au bon fonctionnement de ce qu’on voudrait nommer démocratie, est un principe assujetti à des lois discutables. Le pouvoir monétaire fait pression sur les gouvernements qui répercutent cette même pression sur leur législation. L’exécutif tenant du législatif, l’ « ordre public »est maintenu sur des concepts économiques. Le bien-être du peuple doit alors s’accorder avec celui des puissances financières. Le bien-être serait de gagner encore et toujours plus d’argent ?

Comment, donc, soutenir le droit à la liberté d’expression sans soutenir le droit d’auteur ?

« Le livre, comme livre, appartient à l’auteur, mais comme pensée, il appartient – le mot n’est pas trop vaste – au genre humain. Toutes les intelligences y ont droit. Si l’un des deux droits, le droit de l’écrivain et le droit de l’esprit humain, devait être sacrifié, ce serait, certes, le droit de l’écrivain, car l’intérêt public est notre préoccupation unique, et tous, je le déclare, doivent passer avant nous. »
Victor Hugo (1878). L’un des pères du droit d’auteur.

Je tiens d’abord à dire que je soutiens le créateur dans son envie de vivre de son art, de sa passion, de son travail. Je pense d’ailleurs que le contraire serait illogique lorsqu’on veut garantir la liberté de s’exprimer, de partager, d’innover et d’entreprendre.

Cependant, il me paraît évident que si tout travail mérite salaire, tout salaire nécessite travail. Il y a dans les idées de « copyright » et de « droit d’auteur » ce qu’Albert Jacquard a très justement nommé une forme d’ « appropriation monstrueuse ». Ces notions impliquent de soumettre à un droit d’entrée des idées nées en soi mais résultantes du partage avec les autres, de les faire payer, et souvent de manière discriminatoire. Alors qu’elles devraient être des bienfaits communs.

L’idée du droit d’auteur ne devrait être interprétée que comme le droit de l’auteur à vivre de son travail. Cette capacité qu’il a à engendrer des raisonnements nés de l’assimilation de connaissances communes (et donc publiques) ne lui sera jamais retirée. Dans cette optique, les financements et la reconnaissance devraient eux aussi tenir du domaine plus ou moins public. Les sociétés voulant alors faire du profit sur ces idées seraient taxées du droit d’entrée légitime. Et non l’utilisateur lambda pour qui l’accès est une nécessité évolutive.

Suivant cette idée, l’internet est une vitrine où l’on peut parcourir les étals de dégustation en dégustation. Chaque ligne de code, chaque image, chaque mot sont autant de sources au progrès et à la culture commune. Il ne doit pas servir uniquement de moyen de contrôle et de profit mais toujours tendre vers l’ouverture au bon sens et au partage. De cette manière, il permettra aux auteurs de mettre en avant leur travail, de le partager et d’en tirer salaire. Un pâtissier fait un gâteau, il le fait goûter, tout le monde y a accès.
S’il l’on veut son propre gâteau, on fait appel au pâtissier lui-même et à son savoir faire. Si l’on a la recette, on peut tenter de gagner sa vie avec et on laisse court à la libre concurrence. L’idée n’est pas une possession.

Pour conclure de la même manière que j’ai commencé, je rappellerai l’article 35 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen dans sa version du 23 juin 1793 :

« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »